Carlo ROCCELLA conçoit des vitraux de 3m de haut pour le Retail Park de Auterive

Publié le 25 novembre 2020

Faire de la promotion immobilière autrement, innover, sortir du cadre… c’est ce qui a motivé les créateurs d’Obazyne dès le départ, l’ambition qu’ils nourrissent et font vivre chaque jour. En témoigne le projet du Retail Park de Auterive pour lequel Obazyne a demandé à un artiste plasticien, Mehdi MEHLAOUI, d’intervenir pour créer une œuvre à partir d’un élément de friche industrielle qui restera ensuite sur le site. C’est ainsi qu’est né le projet « La forme de l’eau », transformation d’un silo en ruine en une sorte de cathédrale, par l’incrustation de six panneaux verticaux de vitrail d’art thermoformé.

Mehdi MEHLAOUI a choisi Carlo ROCCELLA, artiste du vitrail contemporain et architectural pour l’accompagner dans ce travail et apporter la lumière à son œuvre.

Né en Italie, Carlo a d’abord été linguiste et professeur à l’université de Pise. A 30 ans, il part pour la France et change de voie pour se consacrer à l’art du verre, en autodidacte. Pourquoi le verre ?
« J’ai toujours pensé qu’il y a une relation secrète en la traduction et la transparence du verre. Dans les années 80-90 de grands progrès techniques ont rendu possible ce qui ne l’était pas avant. Il y a eu un véritable vent de liberté et toute une génération qui a révolutionné le verre, j’ai pris la vague en cours. Je n’avais pas de formation : je ne savais pas ce qui était possible ou pas techniquement. Mais la technique n’est jamais indépendante de la création… il m’arrive encore de me casser les dents sur des projets que j’ai rêvés à l’époque !».

Carlo ROCCELLA

Des vagues de verre

Aujourd’hui, dans atelier de Béziers, Carlo ROCCELLA se consacre à trois domaines : la restauration de vitraux anciens, la création, et la recherche avec des projets atypiques comme celui du Retail Park de Auterive.

Une des techniques qu’il aime particulièrement, et qui sera mise en œuvre à Auterive, est le travail du verre à chaud ce qui permet de lui donner du volume. Créer un bas-relief en ajoutant à la technique du vitrail, traditionnellement plat, la troisième dimension. C’est une approche non seulement visuelle, mais tactile où le mouvement, la perspective ont toute leur importance.


« Les vitraux de Auterive posent différents problèmes techniques.

D’abord la grande hauteur des vitraux impose une forte épaisseur de verre (de 10 à 12 mm) afin de garantir une bonne résistance mécanique. Or, seuls les verres industriels supportent cette épaisseur. En revanche, ces verres ne peuvent pas être colorés. Pour obtenir la couleur bleu cobalt souhaitée, il a donc été nécessaire de les mélanger à d’autres verres, phase qui peut être délicate.

Deuxième difficulté : les reliefs très profonds imaginés par Mehdi pour évoquer des remous aquatiques. Cette profondeur impose un moule très épais pour créer les creux et crêtes de vagues, et donc qui chauffe et refroidit lentement. Le verre est coulé sur ce moule, il épouse alors sa forme comme une peau. Au cours de cette opération, de l’air est emprisonné. Durant le refroidissement cet air s’agrège en bulles ce qui peut conduire à l’explosion du verre. C’est pourquoi le moule doit être percé d’une multitude de trous afin de permettre l’évacuation de l’air. »

Croquis des vitraux pour le projet « La forme de l’eau » sur le Retail Park de Auterive
Moule de thermoformage avec les évents permettant l’évacuation de l’air

L’homme et la matière

Il a fallu chercher, faire des tests. Cet aspect du projet plaît à Carlo ROCCELLA : rechercher, faire des hypothèses , des essais avec Mehdi pour trouver des solutions techniques satisfaisantes.


«J’aime beaucoup travailler avec Mehdi, il y a de la confiance entre nous, c’est une vraie collaboration. Il m’est arrivé de travailler avec des artistes qui me remettaient une maquette irréalisable en termes techniques, puis disparaissaient pendant des années ! Je dois alors « interpréter » les maquettes. Le résultat final est toujours réussi mais ce n’est pas satisfaisant en terme de travail : ce type d'artiste fait l'impasse sur la conscience que le medium n'est pas qu'un medium. Mehdi, lui est un homme de la matière, il aime mettre la main à la patte, il est à l'écoute des contraintes imposées par le matériau verre. Il est conscient que les contraintes ne sont pas des poids mais une intelligence, du sens, de l'amour, du plaisir… ça fait partie de l'œuvre. »

Dialogue du verre et du métal

L’amour de la matière, c’est sans aucun doute ce qui rassemble les deux hommes. Le contexte industriel du projet également, qui permet la mise en scène de matières fortes : le verre et le métal du silo qui dialoguent, se répondent et s’équilibrent dans l’espace.
« Les vitraux ne peuvent être regardés comme une peinture. On peut être en dessous comme ce sera le cas ici , en dessus, les couleurs varient selon la lumière… Il faut aussi tenir compte de la dimension architecturale : les autres éléments de l'architecture dialoguent avec les vitraux. Il faut que ce dialogue soit harmonieux »

Artiste verrier, créateur, chercheur de formes et de textures, passionné d'architecture Carlo ROCCELLA est tout cela. Mais il est surtout un homme de lien et d’échange, valeurs essentielles pour Obazyne. Echanges entre les hommes eux-mêmes mais aussi entre les hommes et leur environnement, les hommes et la matière : « Ce n'est pas nous qui façonnons les matières, ce sont les matières qui nous façonnent ».

www.carlo-roccella-vitrail.com

Mehdi MELLAOUI dans les ateliers de Carlo ROCCELLA

Mehdi MELLAOUI : le silo de lumière

« J’ai la volonté de donner au silo une double fonction. Celle de garder en mémoire son identité d’objet premier : « le silo à béton » et celle de sa modification vers un nouvel objet que l’on pourrait appeler le silo de lumière en référence aux « cathédrales de lumière ».

L’objet nouveau devient un espace du sensible. Effectivement le vitrail d’art a ce caractère du sacré, que l’on peut retrouver dans les monuments comme les cathédrales, maisons de maître…. A cette ambition de sublimer un espace par sa lumière. J’ai voulu ainsi modifier un vestige de l’ère moderne (l’ère du béton) par l’incrustation de matière noble. Un jeu de matière et de symboles en contradiction.

Le verre incrusté sera thermoformé pour avoir une forme de bas-relief, celle des remous aquatiques. L’observation des remous est une recherche que j’avais déjà engagée : comprendre la surface de la mer, résultante d’une constante sans cesse en mouvement ayant des rythmes, une trame et gardant une véritable profondeur.

Je tente ici d’acquérir une gestuelle, de travailler la matière avec fluidité et mouvement, comme un « drapé » selon l’ancien. Figer l’instant et le mouvement, et trouver de la vie dans la matière inerte.

Les verres bleus incrustés deviennent drapé aquatique en mouvement. Les découpes de verres incrustés sont de style gothique. Une inspiration de la renaissance par leur forme en ogive qui fût imposée par l’architecture de l’époque. J’ai trouvé intéressant de m’en inspirer car le silo présente également quelques caractéristiques similaires. »